Sébastien Pressé — Hypnose Humaniste · Thouaré-sur-Loire

La culpabilité dans le deuil : comprendre ce qui se joue

Depuis le décès, une phrase revient. Pas toujours à voix haute. Parfois seulement intérieurement, la nuit, ou à l’improviste : j’aurais dû.

J’aurais dû appeler plus souvent. Être là ce jour-là. Dire les choses autrement. Ne pas partir. Rester plus longtemps. Tout faire autrement.

La culpabilité ne se présente pas toujours avec évidence. Elle peut prendre la forme d’un doute diffus, d’une pensée qui revient en boucle, d’un regret précis, d’une image. Elle peut aussi apparaître là où on ne l’attendait pas : dans le soulagement, dans le rire, dans les premiers moments où l’on reprend pied.

Elle dit souvent quelque chose d’important — sur le lien, sur l’attachement, sur ce qui comptait. Mais elle peut aussi se nourrir d’une reconstruction mentale qui mérite d’être regardée de plus près.

Pourquoi la culpabilité apparaît-elle parfois après un décès ?

La mort d’un proche confronte souvent à ce qui ne pourra plus changer. Et dans cette irréversibilité, une partie de l’esprit cherche parfois un point d’appui — quelque chose sur quoi on aurait eu prise, une décision différente qui aurait pu modifier le cours des choses.

La culpabilité peut émerger de cette recherche. Elle peut aussi s’entremêler à l’attachement et à l’importance du lien avec la personne disparue. Ou du sentiment d’avoir laissé quelque chose inachevé — une conversation non terminée, un lien qui avait besoin de plus de temps.

Elle n’apparaît pas chez tout le monde, et elle peut prendre des formes très différentes d’une personne à l’autre. Il n’y a pas de manière universelle de la vivre.

« J’aurais dû… » : quand on relit le passé avec ce que l’on sait aujourd’hui

C’est peut-être la dimension la moins souvent nommée de la culpabilité dans le deuil.

Après une perte, nous savons quelque chose que nous ne savions pas avant : que ce moment serait le dernier, que cette conversation ne serait pas suivie d’autres, que la maladie était plus avancée qu’elle ne le paraissait. Et parfois, avec cette connaissance nouvelle, nous relisons des décisions que nous avions prises dans un tout autre contexte.

Si j’avais su que c’était la dernière fois que je lui parlais, j’aurais dit autre chose. Cette pensée est compréhensible. Mais elle repose sur une information que la personne ne possédait pas au moment où elle a agi.

Nos décisions, nos présences, nos absences, nos paroles — elles ont eu lieu dans un contexte d’incertitude, avec les connaissances et les ressources que nous avions à ce moment précis. Ce n’est pas la même chose que de les relire de là où nous nous trouvons maintenant.

Cette distinction ne vise pas à effacer la responsabilité, ni à nier qu’il existe de vraies situations complexes, de vrais regrets, de vraies décisions difficiles. Mais elle peut parfois aider à séparer ce qui relève d’un jugement rétrospectif impossible à tenir de ce qui relève d’une responsabilité réelle.

Quand la culpabilité concerne ce qu’on a fait — ou ce qu’on n’a pas fait

Toutes les formes de culpabilité ne se ressemblent pas.

Certaines sont liées à des paroles non dites — des déclarations d’amour, des excuses, des explications qui n’ont pas trouvé le bon moment. D’autres concernent une absence : ne pas avoir été là au moment du décès, ne pas avoir pu venir à cause de la distance ou des circonstances. D’autres encore portent sur des décisions médicales prises dans l’urgence, ou sur un éloignement progressif qui avait fini par s’installer dans la relation.

Il peut aussi y avoir des situations où un conflit non résolu précède le décès, où quelque chose d’important n’a pas pu être raccommodé, où les deux personnes s’étaient quittées sur des mots difficiles.

Ces situations comportent parfois une vraie complexité. Il ne s’agit pas de les minimiser ou de les effacer d’un mot rassurant. Mais il peut être utile de distinguer ce qui appartient à la culpabilité proprement dite de ce qui relève du regret — et de se demander si ce qui reste en suspens peut, d’une manière ou d’une autre, trouver une place.

Le soulagement peut-il aussi faire culpabiliser ?

Certaines personnes décrivent, après le décès d’un proche qui avait longtemps souffert ou qui était accompagné depuis de nombreux mois dans une situation épuisante, quelque chose qui ressemble à du soulagement. Soulagement que la souffrance soit terminée. Soulagement, aussi, d’une période d’épuisement intense qui prend fin.

Et puis la culpabilité arrive. Comment peut-on ressentir cela ? Cela ne veut-il pas dire qu’on n’aimait pas assez, ou qu’on était épuisé d’aimer ?

Plusieurs émotions peuvent coexister, parfois simultanément, sans s’annuler. La tristesse et le soulagement peuvent être là en même temps. La douleur de la perte et l’épuisement enfin déposé peuvent coexister. Ces émotions ne se contredisent pas nécessairement — elles peuvent toutes deux dire quelque chose de vrai sur ce qui vient d’être vécu.

Le soulagement ne dit pas que le lien était insuffisant. Il peut dire que la situation était difficile, longue, éprouvante — et qu’une partie du soin que l’on avait pour l’autre consistait à vouloir que sa souffrance s’arrête.

Culpabiliser de continuer à vivre

Recommencer à rire. Prendre plaisir à quelque chose. Penser à des projets. Sortir, voir des amis, reprendre goût à certaines choses. Peut-être rencontrer quelqu’un, un jour.

Une partie de la personne endeuillée peut percevoir tout cela comme une forme de trahison — comme si reprendre vie revenait à effacer ce qui a existé, ou à se montrer indifférent à ce qui a été perdu.

La culpabilité peut parfois apparaître plusieurs mois ou plusieurs années après la perte. Comme pour la durée du deuil, il n’existe pas de calendrier qui détermine à quel moment il serait acceptable de recommencer à rire, faire des projets ou éprouver du plaisir.

Cette culpabilité dit souvent quelque chose de l’importance du lien. Mais elle peut aussi, progressivement, réduire la place que la personne s’autorise à accorder aux moments de joie, aux projets ou au plaisir.

Continuer à vivre ne signifie pas oublier. Ce que la personne disparue représentait, ce qu’elle a apporté, la place qu’elle occupait — cela ne disparaît pas parce qu’on recommence à sourire. Ces deux choses peuvent coexister, même si elles paraîssent contradictoires de l’intérieur.

Peut-on réparer ce qui n’a pas pu être dit ?

Certaines situations ne peuvent pas être concrètement réparées. La personne n’est plus là. Une conversation ne peut plus avoir lieu, une réconciliation ne peut plus se produire de la même manière.

Mais ce qui reste en suspens n’est pas seulement une réalité extérieure — c’est aussi quelque chose d’intérieur : le besoin de dire, l’impression d’une dette, l’image d’une scène qui revient, quelque chose qui n’a pas trouvé sa place.

Cette dimension intérieure peut parfois être explorée, même lorsque la possibilité concrète n’existe plus. Non pas pour réécrire ce qui s’est passé, mais pour permettre à certaines choses de trouver une forme, même symbolique.

Ce que l’Hypnose Humaniste peut permettre d’explorer

Dans un travail en Hypnose Humaniste, certains aspects de la culpabilité qui restent présents et difficiles peuvent être explorés symboliquement. Le travail est intérieur et ne prétend pas recréer un dialogue réel avec la personne disparue, ni anticiper ce qu’elle aurait pensé ou dit.

Il peut s’agir d’explorer, selon ce qui est présent pour la personne :

  • Ce qui n’a pas pu être dit, et qu’il est possible d’exprimer symboliquement
  • Une scène ou une image qui revient régulièrement
  • Une part de soi qui continue à se juger sévèrement
  • Un sentiment de dette ou d’inachevé
  • Le lien à la personne disparue, et comment ce lien peut progressivement prendre une autre forme

Ces exemples ne sont pas des protocoles universels. Chaque travail part de ce que la personne vit concrètement, de ce qui reste présent pour elle, et de ce qu’elle souhaite explorer.

Ce type d’accompagnement est complémentaire. Dans les situations complexes ou lorsque la culpabilité est accompagnée d’une souffrance psychique importante, une consultation auprès d’un médecin ou d’un psychologue reste prioritaire.

Quand peut-il être utile de demander de l’aide ?

La culpabilité dans le deuil ne nécessite pas d’atteindre un niveau particulier d’intensité avant de chercher du soutien. Mais lorsqu’elle devient envahissante ou affecte fortement le fonctionnement quotidien, il peut être important d’en parler à un médecin, un psychologue ou un autre professionnel de santé.

Cela est particulièrement important lorsque la souffrance devient très intense, que des idées suicidaires apparaissent, que la sécurité de la personne est en jeu ou que son état de santé se dégrade fortement.

Questions fréquentes

Pourquoi se sent-on coupable après la mort d’un proche ?

La culpabilité peut apparaître pour des raisons diverses : le sentiment d’avoir laissé quelque chose inachevé, la recherche d’un point sur lequel on aurait eu prise, ou simplement la douleur de l’impuissance face à quelque chose d’irréversible. Elle ne dit pas nécessairement qu’on a mal agi — elle dit souvent quelque chose de l’importance du lien.

Est-il fréquent de penser « j’aurais dû » après un décès ?

Oui, cette pensée est fréquemment décrite. Elle peut émerger parce que, après la perte, nous disposons d’informations — sur la gravité d’une situation, sur l’imminence d’un décès — que nous n’avions pas toujours au moment où nous avons agi. Nous relisons alors des décisions passées avec une connaissance que nous ne possédions pas encore.

Peut-on ressentir du soulagement après la mort d’un proche ?

Certaines personnes décrivent ce sentiment, en particulier après une longue maladie ou une période d’épuisement. Plusieurs émotions peuvent coexister : la tristesse et le soulagement, la douleur de la perte et la fin d’une période épuisante. Ces émotions ne s’annulent pas mutuellement et ne disent pas que le lien était insuffisant.

Comment vivre avec les choses que l’on n’a pas eu le temps de dire ?

Ce qui reste non dit ne peut pas toujours être concrètement réparé. Mais ce qui reste en suspens peut parfois trouver une forme, même intérieure — un espace pour exprimer ce qui n’a pas pu l’être, en dehors du contexte qui ne reviendra pas. Un accompagnement adapté peut aider à explorer cette dimension.

Est-ce trahir une personne décédée que de recommencer à être heureux ?

Continuer à vivre, à sourire, à faire des projets — cela ne signifie pas effacer. La relation à la personne disparue ne s’efface pas parce que vous reprenez pied. Ces deux choses peuvent coexister, même si cette coexistence demande parfois du temps.

Vous traversez le deuil de votre conjoint ? Prenez dix minutes pour faire le point, à votre rythme : un bilan personnalisé pour savoir où vous en êtes, et de quel soutien vous avez besoin →

Si la culpabilité prend beaucoup de place dans votre deuil et que vous souhaitez disposer d’un espace pour explorer ce qui reste en suspens, Sébastien Pressé vous accompagne au cabinet L’Onde à Thouaré-sur-Loire, près de Nantes.
Découvrir l’accompagnement de Sébastien

← Revenir à la page sur le deuil