Le lien aux autres

Approche systémique : comprendre les relations et les interactions qui nous façonnent

Il arrive qu’un problème semble appartenir à une personne, alors qu’il prend aussi forme dans ce qui se joue autour d’elle.

Dans un couple, les mêmes disputes reviennent malgré les efforts de chacun.

Dans une famille, plus un parent insiste, plus un enfant se ferme. Plus l’enfant se ferme, plus le parent s’inquiète et insiste.

Ailleurs, une personne a toujours le rôle de celle qui apaise, organise ou prend soin des autres. Une autre devient celle que l’on considère comme « difficile », « fragile » ou « en colère ».

Peu à peu, chacun peut avoir l’impression d’être enfermé dans une place dont il ne sait plus très bien comment sortir.

L’approche systémique invite à regarder ces situations autrement : non pas seulement en cherchant ce qui se passe dans une personne, mais aussi ce qui se passe entre les personnes.

Quand les mêmes scénarios se répètent

Certaines difficultés relationnelles donnent une impression de déjà-vu.

La discussion commence à propos d’un sujet banal.

L’un reproche. L’autre se défend. Le premier insiste davantage. Le second se ferme ou quitte la conversation.

Et chacun finit par confirmer ce qu’il pensait déjà de l’autre :

« Il ne m’écoute jamais. »

« De toute façon, quoi que je fasse, ce n’est jamais assez. »

« Elle veut toujours avoir raison. »

« Si je ne prends pas les choses en main, rien ne se fait. »

Le problème n’est alors pas nécessairement la mauvaise volonté de l’un ou de l’autre. Un mode de relation a parfois fini par s’installer. Et chacun, souvent sans le vouloir, participe à son maintien.

L’approche systémique cherche justement à rendre visibles ces mécanismes afin que d’autres façons d’être en relation puissent progressivement devenir possibles.

L’approche systémique, qu’est-ce que c’est ?

L’approche systémique considère qu’une personne évolue au sein de différents systèmes : couple, famille, fratrie, environnement professionnel, groupe social…

Dans chacun de ces systèmes, les comportements des uns influencent ceux des autres. Une réaction provoque une réponse, qui provoque à son tour une nouvelle réaction.

Plutôt que de chercher uniquement :

« Pourquoi cette personne agit-elle ainsi ? »

le regard systémique peut amener à se demander :

« Que se passe-t-il entre les personnes lorsque cette situation apparaît ? »

ou encore :

« Qu’est-ce que chacun fait en réaction à l’autre, et comment cela entretient-il malgré lui le fonctionnement actuel ? »

Ce déplacement du regard est important. Il ne s’agit pas de déterminer qui a tort ou qui a raison, mais de mieux comprendre la dynamique relationnelle dans laquelle chacun est pris.

Regarder les interactions plutôt que chercher un responsable

Lorsque les relations deviennent difficiles, nous cherchons naturellement une explication.

« C’est parce qu’il ne communique pas. » « C’est parce qu’elle contrôle tout. » « Notre enfant provoque constamment. » « Mon collègue est impossible. »

Ces perceptions peuvent correspondre à une expérience réelle. Mais elles ne permettent pas toujours de comprendre comment la situation s’est construite et pourquoi elle continue.

L’approche systémique s’intéresse davantage à la séquence :

Quand l’un fait cela, que fait l’autre ? Et lorsque l’autre réagit ainsi, que se passe-t-il ensuite ?

Par exemple : plus une personne demande à son partenaire de parler, plus celui-ci peut se sentir sous pression et se retirer. Plus il se retire, plus la première peut se sentir abandonnée ou ignorée et chercher à obtenir une réponse.

Chacun réagit alors à l’autre tout en contribuant, involontairement, à renforcer ce qu’il souhaiterait justement faire disparaître.

Comprendre cette circularité peut permettre de sortir progressivement de la recherche d’un coupable pour regarder le fonctionnement de la relation.

Les places que nous prenons dans une famille

Une famille développe au fil du temps ses habitudes, ses règles implicites et ses équilibres. Certaines places peuvent devenir particulièrement familières :

  • celui qui protège ;
  • celle qui organise ;
  • celui qui fait rire lorsque la tension monte ;
  • celle qui ne demande jamais rien ;
  • celui dont on s’inquiète ;
  • celle qui doit réussir ;
  • celui qui se met en opposition.

Ces rôles ne sont pas forcément décidés consciemment. Ils peuvent s’être installés progressivement en fonction de l’histoire familiale, des événements traversés et des réactions de chacun. Ils peuvent aussi avoir été utiles à un moment donné.

Une difficulté peut apparaître lorsque cette place devient trop rigide. La personne qui a toujours pris soin des autres peut avoir du mal à demander du soutien. L’enfant considéré comme fragile peut avoir du mal à être reconnu comme capable de faire seul. Celui qui porte la colère de la famille peut continuer à être perçu comme « le problème », même lorsque les relations autour de lui participent elles aussi aux tensions.

Le travail systémique cherche alors à remettre du mouvement là où certaines positions se sont figées.

Le symptôme ne raconte pas toujours seulement l’histoire d’une personne

Lorsqu’une personne va mal, il est naturel de se concentrer sur ce qu’elle ressent. Cela reste essentiel. Mais le regard systémique propose parfois d’élargir la focale.

Un comportement, une difficulté ou une souffrance peuvent aussi prendre sens dans un contexte relationnel. Cela ne signifie pas que la famille, le couple ou l’entourage seraient « responsables ». Il s’agit plutôt de se demander :

Dans quel contexte cette difficulté apparaît-elle ?

Quand devient-elle plus forte ou plus faible ?

Comment les autres y réagissent-ils ?

Que modifie-t-elle dans les relations ?

Cette façon d’explorer une situation peut parfois faire émerger des éléments qui n’étaient pas visibles lorsque l’on regardait uniquement la personne isolément.

Quand vouloir aider entretient parfois la difficulté

Nos réactions partent souvent d’une intention légitime. Nous voulons rassurer. Protéger. Éviter une dispute. Faire avancer les choses. Soulager quelqu’un que nous aimons.

Pourtant, une stratégie utile à court terme peut parfois participer au maintien d’une difficulté lorsqu’elle se répète.

Un parent peut, par inquétude, anticiper toutes les difficultés de son enfant. L’enfant peut alors avoir moins d’occasions d’expérimenter qu’il est capable de faire seul.

Une personne peut éviter tous les sujets sensibles pour protéger son couple des conflits. À terme, les non-dits peuvent devenir eux-mêmes une source de distance.

Un proche peut toujours intervenir pour apaiser les tensions familiales et se retrouver progressivement indispensable à l’équilibre de tous.

L’approche systémique ne cherche pas à juger ces comportements. Elle permet plutôt de se demander :

Ce que nous faisons pour résoudre le problème fonctionne-t-il encore aujourd’hui ?

Couple : lorsque chacun attend que l’autre change d’abord

Dans un couple, les difficultés prennent parfois la forme d’une attente réciproque.

« S’il était plus présent, je serais moins exigeante. »

« Si elle me laissait davantage tranquille, j’aurais plus envie d’aller vers elle. »

Chacun attend alors, souvent avec de bonnes raisons, que l’autre change le premier.

Le travail systémique peut aider à observer ce mouvement sans chercher immédiatement à déterminer lequel des deux devrait faire davantage d’efforts. Il peut permettre de regarder :

  • comment les conflits commencent ;
  • ce qui les fait monter ;
  • les sujets qui reviennent ;
  • ce que chacun cherche à protéger ;
  • les attentes qui restent implicites ;
  • les tentatives de solution déjà essayées ;
  • les moments où la relation fonctionne différemment.

L’objectif n’est pas nécessairement de faire disparaître tous les désaccords. Il s’agit davantage de retrouver une possibilité de mouvement lorsque la relation semble enfermée dans le même scénario.

Familles : prendre en compte chacun sans chercher « le problème »

Lorsqu’une difficulté concerne un enfant ou un adolescent, il peut être tentant de considérer qu’il est celui qu’il faut « réparer ». L’approche systémique propose un regard plus large.

L’enfant fait partie d’une famille, d’une fratrie, d’une histoire et d’un ensemble de relations. Son comportement peut être exploré en tenant compte de cet environnement sans nier pour autant son vécu individuel.

Le travail peut alors porter sur la manière dont chacun réagit, les places occupées, les changements récents, les alliances, les tensions ou les difficultés de communication.

Cela permet de ne pas réduire une personne au symptôme ou au comportement qui a conduit à consulter.

Ce qui se joue aujourd’hui peut aussi avoir une histoire

Nos relations actuelles ne commencent pas toujours avec nous. Certaines manières de prendre soin, de se taire, de gérer les conflits, de montrer ses émotions ou d’exercer l’autorité peuvent se transmettre au fil des générations.

Dans certaines familles, on parle beaucoup. Dans d’autres, certaines choses ne se disent pas. Dans certaines, il faut être fort. Ailleurs, il faut éviter de faire de la peine.

Les événements de vie — séparations, deuils, migrations, ruptures, maladies, secrets, recompositions familiales — peuvent également modifier durablement les équilibres.

Le regard systémique peut permettre d’explorer cette histoire lorsque cela aide à comprendre ce qui se joue aujourd’hui. Il ne s’agit pas de chercher une cause unique dans le passé, mais de mieux percevoir les liens entre une histoire, des relations et les façons actuelles de s’adapter.

Changer la relation ne signifie pas changer les autres

Il est souvent plus facile d’identifier ce que l’autre devrait modifier. Mais nous avons peu de contrôle sur ses décisions. Le travail peut donc aussi porter sur une autre question :

Qu’est-ce qui devient possible si je change quelque chose dans ma manière de participer à cette relation ?

Parfois, modifier une réaction habituelle suffit à créer une différence dans l’interaction :

  • Ne plus répondre immédiatement.
  • Faire une demande plutôt qu’attendre que l’autre devine.
  • Poser une limite.
  • Laisser l’autre faire seul.
  • Ne plus intervenir systématiquement dans un conflit.

Ce changement ne garantit pas la réaction de l’autre. Mais dans un système relationnel, lorsque l’un des éléments bouge, l’ensemble peut être amené à se réorganiser.

Approche systémique et Communication NonViolente : deux regards complémentaires

L’approche systémique et la Communication NonViolente ne se confondent pas. Elles peuvent cependant se compléter.

Le regard systémique aide notamment à observer :

  • les interactions ;
  • les places occupées ;
  • les réactions en chaîne ;
  • les équilibres qui se sont construits ;
  • les répétitions relationnelles.

La CNV peut apporter d’autres repères pour reconnaître :

  • ce que l’on ressent ;
  • ce qui est important pour soi ;
  • ses limites ;
  • ses besoins ;
  • ce que l’on souhaite demander ou exprimer.

L’une permet ainsi de mieux regarder ce qui se joue entre nous, tandis que l’autre peut aider à mettre davantage de clarté sur ce qui se passe en soi dans la relation.

Une approche présente au cabinet L’Onde

Au cabinet L’Onde à Thouaré-sur-Loire, l’approche psychologique et systémique permet d’accompagner des personnes seules, des couples et des familles en tenant compte du contexte relationnel dans lequel les difficultés prennent place.

Ce regard peut être pertinent lorsque les mêmes situations se répètent malgré les tentatives pour les résoudre, lorsque les relations se tendent ou lorsque chacun semble progressivement enfermé dans une position.

À L’Onde, cette manière d’aborder la relation dialogue également avec d’autres ressources du cabinet, notamment la Communication NonViolente et le travail autour du lien à soi.

Parce que comprendre ce que nous vivons suppose parfois de regarder à la fois ce qui se passe en nous et ce qui se construit entre nous.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’approche systémique en psychologie ?

L’approche systémique s’intéresse à une personne en tenant compte des relations et des contextes dans lesquels elle évolue. Elle observe notamment les interactions, les réactions réciproques et les fonctionnements qui peuvent s’installer dans un couple ou une famille.

Quelle différence entre une approche systémique et une thérapie individuelle ?

Une démarche individuelle peut déjà intégrer un regard systémique. Il n’est pas nécessaire que toute la famille soit présente pour réfléchir aux relations, aux places et aux interactions qui participent à une situation.

Faut-il venir en famille pour consulter dans une approche systémique ?

Non. Selon la situation, l’accompagnement peut être individuel, conjugal ou familial. Le cadre dépend de la demande et de ce qui paraît pertinent dans la situation.

L’approche systémique cherche-t-elle à savoir qui est responsable ?

Non. Elle cherche plutôt à comprendre comment les réactions de chacun s’influencent et comment certains fonctionnements se maintiennent. L’objectif n’est pas de désigner un coupable.

Dans quelles situations une approche systémique peut-elle être pertinente ?

Elle peut notamment être intéressante lorsque les mêmes conflits se répètent, lorsqu’une famille traverse une période de changement, lorsqu’un couple se sent enfermé dans un fonctionnement ou lorsque la difficulté d’une personne semble étroitement liée à son environnement relationnel.

Quelle différence entre l’approche systémique et la Communication NonViolente ?

La systémie observe principalement les interactions et les fonctionnements relationnels. La Communication NonViolente apporte notamment des repères autour des émotions, des besoins et de la manière de les exprimer. Ces deux regards peuvent être complémentaires.